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Le VISITEUR N° 20 nov 2014

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C’est par un détour, en empruntant à Matisse le titre d’un tableau, que nous avons mis ce numéro du Visiteur sous le signe de la demeure, une notion indissociable du « fait architectural ».

Karim Basbous

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C’est par un détour, en empruntant à Matisse le titre d’un tableau, que nous avons mis ce numéro du Visiteur sous le signe de la demeure, une notion indissociable du « fait architectural ». Ses expressions sont multiples car selon les cultures, les usages et les époques, la tente, la villa, le palais, le château, l’appartement ou d’autres formes de logis ont contribué à définir des conditions spécifiques de l’« habiter ». C’est à travers la définition d’un « chez soi » spécifique que s’établit notre rapport au monde et aux autres. De la domus à l’actualité du logement et des villes, de la fonction protectrice de l’abri à l’épanouissement du plan ouvert, la maison a voyagé avec ses bagages : habitudes, représentations sociales, meubles et gestes quotidiens. Que reste-il de l’art d’habiter à l’heure du développement explosif des villes sans urbanité, des lotissements et des découpages d’îlots sans structure ? Comment habite-t-on aujourd’hui ? Quelle mémoire des pratiques d’hier nos modes de vie actuels trahissent-ils ? De l’imaginaire de la maison à la réalité du logement social, ces questions sont au cœur de la pratique architecturale, expliquent nos comportements et engagent des notions clés comme l’intimité, le privé, l’individuel et son rapport au collectif.

La question de l’espace intérieur se prête aussi aux regards du philosophe, de l’historien, de l’anthropologue ou du psychanalyste. Dans les articles qui suivent, les architectes se font critiques, expliquent les idées que portent leurs logements ou interrogent la persistance des mythes fondateurs de la maison, tandis que d’autres auteurs le font en observant les rites et en méditant les notions auxquelles se rattache le logis.

En s’appuyant sur la ville médiévale telle qu’elle est représentée au Trecento, Patrick Boucheron fait la liaison entre cette « ville sans ordre » et les lieux d’intimité, et éclaire d’un jour nouveau la rupture que représente le paradigme perspectif qui arrivera plus tard. Celui-ci instaurera un type d’espace au prix d’un autre, qui est perdu. C’est celui-là que nous propose de découvrir Patrick Boucheron. Parallèlement à la perspective, se met en place ce qu’on appellera la fenêtre albertienne, qui résume alors le rapport au monde. C’est avec elle que Bernard Paurd relit la longue histoire du plan « à coulisses », depuis le XVIIIe siècle jusqu’à ses propres expériences.

Le thème de l’habitat est au cœur de la distinction entre édifier et architecturer ; Pierre Caye s’y intéresse en mettant en évidence une théorie du mouvement et de la transparence spatiale déjà présente chez Barbaro, comme Roger-Pol Droit, lui, déplie la polysémie de la notion d’oïkos qui résume notre « être-au-monde » en incluant le registre spatial parmi de nombreux autres. Ma contribution s’intéresse à deux aspirations fondamentales et contradictoires, inhérentes à tout projet d’habitat et elles-mêmes issues de deux mythes originels – le ventre de la mère et le jardin habité. Elles me permettent de reconsidérer l’art du plan, de la coupe et du meuble à travers l’histoire, et d’en faire l’expression d’une dialectique toujours renouvelée de la clôture et de l’ouverture. Anthony Vidler, lui, nous introduit dans l’intimité de trois grands penseurs : Bachelard, Benjamin et Barthes, pour comprendre, à travers leur rapport à la table de travail, les conditions spatiales de la pensée.

Une autre pièce emblématique de nos habitations est la chambre ; Michelle Perrot raconte la vie des maisons à partir de ce lieu, ce symbole de l’intimité, du secret, des drames et de la liberté – précisément par le verrou. Ni les murs ni le toit ne suffisent pour protéger la maison : le droit existe pour définir le statut de tout lieu habité, au prix de nombreuses ambivalences que lui imposent les usages et des situations que nous fait découvrir l’article de Dany Cohen. La typologie est un savoir qui se perd, alors qu’elle structure nos villes comme elle structure les relations humaines. Olivier Gahinet en démontre l’importance, en identifiant des invariants liés à des archétypes et à des « qualités génériques » qui semblent manquer à de nombreux projets contemporains.

En apparence, le contraire de l’« habitant » paraît être le sans-abri, mais, paradoxalement, l’errance de celui-ci n’est pas la quête d’un logis. Patrick Declerck nous explique que le clochard n’est pas qu’un « naufragé », il représente un inconscient social, une existence qui nous en apprend aussi sur nous-mêmes.
Trois auteurs enfin nous conduisent hors de l’Occident : le lecteur pourra avec profit identifier des similitudes et des différences entre trois cultures. Augustin Berque explore l’intériorité nippone, Maurice Godelier analyse les traditions des Baruya de Nouvelle-Guinée relativement aux lieux qu’ils occupent, et Robert Dulau dévoile la présence du sacré par laquelle les rituels de la maison tamoule organisent le plan et rythment la vie de la maisonnée.

Deux articles sont « hors les murs » : Beatriz Colomina s’intéresse à Carlo Mollino, une personnalité inclassable – photographe, designer, ingénieur – dont l’œuvre et la vie se confondent, et Gilles Tiberghien, lui, présente un lieu, au Brésil, également inclassable, ni jardin ni musée au sens propre : Inhotim ; on y trouve, en pleine région minière, une expression contemporaine de ce que l’on appelle depuis longtemps la synthèse des arts.

Édith Girard est morte cet été. Nous dédions ce numéro à sa mémoire, avec d’autant plus d’émotion qu’il contient un texte qu’elle nous a livré il y a quelques semaines. Le thème de la maison lui était cher, et son propos à cet égard est une leçon. Une leçon d’architecture sur les qualités que doit avoir un logis, une leçon de simplicité et de clarté, par une architecte pour qui le projet était l’expression d’un engagement politique. Édith Girard a défendu sans relâche le droit à l’architecture pour tous, elle a consacré sa vie à concevoir des logements généreux, à dessiner la ville avec finesse, et à articuler avec intelligence les lieux de l’intimité à ceux de la vie collective. Édith était aussi, on le sait, une enseignante dévouée, dont le parcours intellectuel reflète deux grandes cultures du projet en France : celle initiée par Bernard Huet, dont elle a été l’élève, et celle du groupe UNO qu’elle avait fondé avec Henri Ciriani, Jean-Patrick Fortin et Claude Vié, et qui a valu alors à l’école d’architecture de Paris-Belleville une reconnaissance internationale. Édith a su prendre part à des aventures collectives sans jamais en faire des religions ; sa parole était limpide mais son esprit cultivait le doute, et sa vie reflète cette liberté dont elle nous a transmis le goût

Le silence habité des maisons
Karim Basbous

Avant l’espace : des lieux à habiter
Patrick Boucheron

Attachement, arrachement, arasement
Pierre Caye

Qu’est-ce qui, de la maison des Grecs, habite encore silencieusement les nôtres ?
Roger-Pol Droit

Bureau, divan et fenêtre : la position d’écriture de Walter Benjamin
Anthony Vidler

La rivalité des Muses
Karim Basbous

Le secret des chambres
Michelle Perrot

Chez soi ? Lieux intimes et ambivalences du droit
Dany Cohen

Silence, ils habitent
Bernard Paurd

La vacance exquise de soi
Édith Girard

L’ordre et la variété du monde
Olivier Gahinet

La maison impossible
Patrick Declerck

Espaces domestique et villageois chez les Baruya, une tribu des Hautes Terres de l’intérieur de la Nouvelle-Guinée
Maurice Godelier

Maison temple
Robert Dulau

Qu’est-ce qu’une intériorité nippone ?
Augustin Berque

Une légère nausée : Carlo Mollino
Beatriz Colomina

En revenant d’Inhotim
Gilles A. Tiberghien


  • TitreLe visiteur numéro 20
  • Date de publication2014
  • ÉditeurVisiteur
  • Nombre de pages200
  • Versionbr
  • Languefr

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